{"id":35516,"date":"2008-04-21T00:00:00","date_gmt":"2008-04-20T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.orderofmalta.int\/news\/discours-de-benoit-xvi-a-lorganisation-des-nations-unies\/"},"modified":"2023-01-16T15:03:17","modified_gmt":"2023-01-16T14:03:17","slug":"discours-de-benoit-xvi-a-lorganisation-des-nations-unies","status":"publish","type":"news","link":"https:\/\/www.orderofmalta.int\/fr\/actualites\/discours-de-benoit-xvi-a-lorganisation-des-nations-unies\/","title":{"rendered":"Discours de Benoit XVI a l\u2019organisation des nations unies"},"featured_media":0,"menu_order":0,"template":"","class_list":["post-35516","news","type-news","status-publish","hentry","news_categories-actualites"],"acf":{"highlighted":"no","news_cover":{"id":26935,"url":"https:\/\/www.orderofmalta.int\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/21_04_2008_01.jpg"},"news_content":"<p>Nous publions ci-dessous le discours que le pape Beno\u00eet XVI a prononc\u00e9 vendredi 19 avril dans la salle de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies, \u00e0 New York. Ensuite l\u2019allocution du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ONU, Ban Ki-moon au Pape.<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p>Monsieur le Pr\u00e9sident,<\/p>\n<p>Mesdames et Messieurs,<\/p>\n<p>En m\u2019adressant \u00e0 cette Assembl\u00e9e, j\u2019aimerais avant tout vous exprimer, Monsieur le Pr\u00e9sident, ma vive reconnaissance pour vos aimables paroles. Ma gratitude va aussi au Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, Monsieur Ban Ki-moon, qui m\u2019a invit\u00e9 \u00e0 venir visiter le Si\u00e8ge central de l\u2019Organisation, et pour l\u2019accueil qu\u2019il m\u2019a r\u00e9serv\u00e9. Je salue les Ambassadeurs et les diplomates des Pays membres et toutes les personnes pr\u00e9sentes. \u00c0 travers vous, je salue les peuples que vous repr\u00e9sentez ici. Ils attendent de cette institution qu\u2019elle mette en \u0153uvre son inspiration fondatrice, \u00e0 savoir constituer un \u00ab centre pour la coordination de l\u2019activit\u00e9 des Nations unies en vue de parvenir \u00e0 la r\u00e9alisation des fins communes \u00bb de paix et de d\u00e9veloppement(cf. Charte des Nations unies, art. 1.2-1.4). Comme le Pape Jean-Paul II l\u2019exprimait en 1995, l\u2019Organisation devrait \u00eatre un \u00ab centre moral, o\u00f9 toutes les nations du monde se sentent chez elles, d\u00e9veloppant la conscience commune d\u2019\u00eatre, pour ainsi dire, une famille de nations \u00bb (Message \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies pour le 50e anniversaire de la fondation, New York, 5 octobre 1995).<\/p>\n<p>\u00c0 travers les Nations unies, les \u00c9tats ont \u00e9tabli des objectifs universels qui, m\u00eame s\u2019ils ne co\u00efncident pas avec la totalit\u00e9 du bien commun de la famille humaine, n\u2019en repr\u00e9sentent pas moins une part fondamentale. Les principes fondateurs de l\u2019Organisation \u2013 le d\u00e9sir de paix, le sens de la justice, le respect de la dignit\u00e9 de la personne, la coop\u00e9ration et l\u2019assistance humanitaires \u2013 sont l\u2019expression des justes aspirations de l\u2019esprit humain et constituent les id\u00e9aux qui devraient sous-tendre les relations internationales. Comme mes pr\u00e9d\u00e9cesseurs Paul VI et Jean-Paul II l\u2019ont affirm\u00e9 depuis cette m\u00eame tribune, tout cela fait partie de r\u00e9alit\u00e9s que l\u2019\u00c9glise catholique et le Saint-Si\u00e8ge consid\u00e8rent avec attention et int\u00e9r\u00eat, voyant dans votre activit\u00e9 un exemple de la mani\u00e8re dont les probl\u00e8mes et les conflits qui concernent la communaut\u00e9 mondiale peuvent b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une r\u00e9gulation commune. Les Nations unies concr\u00e9tisent l\u2019aspiration \u00e0 \u00ab un degr\u00e9 sup\u00e9rieur d\u2019organisation \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale \u00bb (Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, n. 43), qui doit \u00eatre inspir\u00e9 et guid\u00e9 par le principe de subsidiarit\u00e9 et donc \u00eatre capable de r\u00e9pondre aux exigences de la famille humaine, gr\u00e2ce \u00e0 des r\u00e8gles internationales efficaces et \u00e0 la mise en place de structures aptes \u00e0 assurer le d\u00e9roulement harmonieux de la vie quotidienne des peuples. Cela est d\u2019autant plus n\u00e9cessaire dans le contexte actuel o\u00f9 l\u2019on fait l\u2019exp\u00e9rience du paradoxe \u00e9vident d\u2019un consensus multilat\u00e9ral qui continue \u00e0 \u00eatre en crise parce qu\u2019il est encore subordonn\u00e9 aux d\u00e9cisions d\u2019un petit nombre, alors que les probl\u00e8mes du monde exigent, de la part de la communaut\u00e9 internationale, des interventions sous forme d\u2019actions communes.<\/p>\n<p>En effet, les questions de s\u00e9curit\u00e9, les objectifs de d\u00e9veloppement, la r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s au niveau local et mondial, la protection de l\u2019environnement, des ressources et du climat, requi\u00e8rent que tous les responsables de la vie internationale agissent de concert et soient pr\u00eats \u00e0 travailler en toute bonne foi, dans le respect du droit, pour promouvoir la solidarit\u00e9 dans les zones les plus fragiles de la plan\u00e8te. Je pense en particulier \u00e0 certains pays d\u2019Afrique et d\u2019autres continents qui restent encore en marge d\u2019un authentique d\u00e9veloppement int\u00e9gral, et qui risquent ainsi de ne faire l\u2019exp\u00e9rience que des effets n\u00e9gatifs de la mondialisation. Dans le contexte des relations internationales, il faut reconna\u00eetre le r\u00f4le primordial des r\u00e8gles et des structures qui, par nature, sont ordonn\u00e9es \u00e0 la promotion du bien commun et donc \u00e0 la sauvegarde de la libert\u00e9 humaine. Ces r\u00e9gulations ne limitent pas la libert\u00e9. Au contraire, elles la promeuvent quand elles interdisent des comportements et des actions qui vont \u00e0 l\u2019encontre du bien commun, qui entravent son exercice effectif et qui compromettent donc la dignit\u00e9 de toute personne humaine. Au nom de la libert\u00e9, il doit y avoir une corr\u00e9lation entre droits et devoirs, en fonction desquels toute personne est appel\u00e9e \u00e0 prendre ses responsabilit\u00e9s dans les choix qu\u2019elle op\u00e8re, en tenant compte des relations tiss\u00e9es avec les autres. Nous pensons ici \u00e0 la mani\u00e8re dont les r\u00e9sultats de la recherche scientifique et des avanc\u00e9es technologiques ont parfois \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s. Tout en reconnaissant les immenses b\u00e9n\u00e9fices que l\u2019humanit\u00e9 peut en tirer, certaines de leurs applications repr\u00e9sentent une violation \u00e9vidente de l\u2019ordre de la cr\u00e9ation, au point non seulement d\u2019\u00eatre en contradiction avec le caract\u00e8re sacr\u00e9 de la vie, mais d\u2019arriver \u00e0 priver la personne humaine et la famille de leur identit\u00e9 naturelle. De la m\u00eame mani\u00e8re, l\u2019action internationale visant \u00e0 pr\u00e9server l\u2019environnement et \u00e0 prot\u00e9ger les diff\u00e9rentes formes de vie sur la terre doit non seulement garantir un usage rationnel de la technologie et de la science, mais doit aussi red\u00e9couvrir l\u2019authentique image de la cr\u00e9ation. Il ne s\u2019agira jamais de devoir choisir entre science et \u00e9thique, mais bien plut\u00f4t d\u2019adopter une m\u00e9thode scientifique qui soit v\u00e9ritablement respectueuse des imp\u00e9ratifs \u00e9thiques.<\/p>\n<p>La reconnaissance de l\u2019unit\u00e9 de la famille humaine et l\u2019attention port\u00e9e \u00e0 la dignit\u00e9 inn\u00e9e de toute femme et de tout homme re\u00e7oivent aujourd\u2019hui un nouvel \u00e9lan dans le principe de la responsabilit\u00e9 de prot\u00e9ger. Il n\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fini que r\u00e9cemment, mais il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 implicitement pr\u00e9sent d\u00e8s les origines des Nations unies et, actuellement, il caract\u00e9rise toujours davantage son activit\u00e9. Tout \u00c9tat a le devoir primordial de prot\u00e9ger sa population contre les violations graves et r\u00e9p\u00e9t\u00e9es des droits de l\u2019homme, de m\u00eame que des cons\u00e9quences de crises humanitaires li\u00e9es \u00e0 des causes naturelles ou provoqu\u00e9es par l\u2019action de l\u2019homme. S\u2019il arrive que les \u00c9tats ne soient pas en mesure d\u2019assurer une telle protection, il revient \u00e0 la communaut\u00e9 internationale d\u2019intervenir avec les moyens juridiques pr\u00e9vus par la Charte des Nations unies et par d\u2019autres instruments internationaux. L\u2019action de la communaut\u00e9 internationale et de ses institutions, dans la mesure o\u00f9 elle est respectueuse des principes qui fondent l\u2019ordre international, ne devrait jamais \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une coercition injustifi\u00e9e ou comme une limitation de la souverainet\u00e9. \u00c0 l\u2019inverse, c\u2019est l\u2019indiff\u00e9rence ou la non-intervention qui causent de r\u00e9els dommages. Il faut r\u00e9aliser une \u00e9tude approfondie des modalit\u00e9s pour pr\u00e9venir et g\u00e9rer les conflits, en utilisant tous les moyens dont dispose l\u2019action diplomatique et en accordant attention et soutien m\u00eame au plus l\u00e9ger signe de dialogue et de volont\u00e9 de r\u00e9conciliation.<\/p>\n<p>Le principe de la \u00ab responsabilit\u00e9 de prot\u00e9ger \u00bb \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 par l\u2019antique ius gentium comme le fondement de toute action entreprise par l\u2019autorit\u00e9 envers ceux qui sont gouvern\u00e9s par elle : \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 le concept d\u2019\u00c9tat national souverain commen\u00e7ait \u00e0 se d\u00e9velopper, le religieux dominicain Francisco De Vitoria, consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 juste titre comme un pr\u00e9curseur de l\u2019id\u00e9e des Nations unies, d\u00e9crivait cette responsabilit\u00e9 comme un aspect de la raison naturelle partag\u00e9 par toutes les nations, et le fruit d\u2019un droit international dont la t\u00e2che \u00e9tait de r\u00e9guler les relations entre les peuples. Aujourd\u2019hui comme alors, un tel principe doit faire appara\u00eetre l\u2019id\u00e9e de personne comme image du Cr\u00e9ateur, ainsi que le d\u00e9sir d\u2019absolu et l\u2019essence de la libert\u00e9. Le fondement des Nations unies, nous le savons bien, a co\u00efncid\u00e9 avec les profonds bouleversements dont a souffert l\u2019humanit\u00e9 lorsque la r\u00e9f\u00e9rence au sens de la transcendance et \u00e0 la raison naturelle a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e et que par cons\u00e9quent la libert\u00e9 et la dignit\u00e9 humaine furent massivement viol\u00e9es. Dans de telles circonstances, cela menace les fondements objectifs des valeurs qui inspirent et r\u00e9gulent l\u2019ordre international et cela mine les principes intangibles et coercitifs formul\u00e9s et consolid\u00e9s par les Nations unies. Face \u00e0 des d\u00e9fis nouveaux r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, c\u2019est une erreur de se retrancher derri\u00e8re une approche pragmatique, limit\u00e9e \u00e0 mettre en place des \u00ab bases communes \u00bb, dont le contenu est minimal et dont l\u2019efficacit\u00e9 est faible.<\/p>\n<p>La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la dignit\u00e9 humaine, fondement et fin de la responsabilit\u00e9 de prot\u00e9ger, nous introduit dans la note sp\u00e9cifique de cette ann\u00e9e, qui marque le soixanti\u00e8me anniversaire de la D\u00e9claration universelle des Droits de l\u2019homme. Ce document \u00e9tait le fruit d\u2019une convergence de diff\u00e9rentes traditions culturelles et religieuses, toutes motiv\u00e9es par le d\u00e9sir commun de mettre la personne humaine au centre des institutions, des lois et de l\u2019action des soci\u00e9t\u00e9s, et de la consid\u00e9rer comme essentielle pour le monde de la culture, de la religion et de la science. Les droits de l\u2019homme sont toujours plus pr\u00e9sent\u00e9s comme le langage commun et le substrat \u00e9thique des relations internationales. Tout comme leur universalit\u00e9, leur indivisibilit\u00e9 et leur interd\u00e9pendance sont autant de garanties de protection de la dignit\u00e9 humaine. Mais il est \u00e9vident que les droits reconnus et expos\u00e9s dans la D\u00e9claration s\u2019appliquent \u00e0 tout homme, cela en vertu de l\u2019origine commune des personnes, qui demeure le point central du dessein cr\u00e9ateur de Dieu pour le monde et pour l\u2019histoire. Ces droits trouvent leur fondement dans la loi naturelle inscrite au c\u0153ur de l\u2019homme et pr\u00e9sente dans les diverses cultures et civilisations. D\u00e9tacher les droits humains de ce contexte signifierait restreindre leur port\u00e9e et c\u00e9der \u00e0 une conception relativiste, pour laquelle le sens et l\u2019interpr\u00e9tation des droits pourraient varier et leur universalit\u00e9 pourrait \u00eatre ni\u00e9e au nom des diff\u00e9rentes conceptions culturelles, politiques, sociales et m\u00eame religieuses. La grande vari\u00e9t\u00e9 des points de vue ne peut pas \u00eatre un motif pour oublier que ce ne sont pas les droits seulement qui sont universels, mais \u00e9galement la personne humaine, sujet de ces droits.<\/p>\n<p>\u00c0 la fois nationale et internationale, la vie de la communaut\u00e9 met clairement en \u00e9vidence que le respect pour les droits et pour les garanties qui leur sont attach\u00e9es sont la mesure du bien commun, utilis\u00e9e pour appr\u00e9cier le rapport entre justice et injustice, d\u00e9veloppement et pauvret\u00e9, s\u00e9curit\u00e9 et conflits. La promotion des droits de l\u2019homme demeure la strat\u00e9gie la plus efficace quand il s\u2019agit de combler les in\u00e9galit\u00e9s entre des pays et des groupes sociaux, quand il s\u2019agit aussi de renforcer la s\u00e9curit\u00e9. En effet les victimes de la mis\u00e8re et du d\u00e9sespoir dont la dignit\u00e9 humaine est impun\u00e9ment viol\u00e9e, deviennent des proies faciles pour les tenants du recours \u00e0 la violence et deviennent \u00e0 leur tour des destructeurs de paix. Pourtant le bien commun que les droits de l\u2019homme aident \u00e0 r\u00e9aliser ne peut pas \u00eatre atteint en se contentant d\u2019appliquer des proc\u00e9dures correctes ni m\u00eame en pond\u00e9rant des droits en opposition. Le m\u00e9rite de la D\u00e9claration universelle a \u00e9t\u00e9 d\u2019ouvrir \u00e0 des cultures, \u00e0 des expressions juridiques et \u00e0 des mod\u00e8les institutionnels divers la possibilit\u00e9 de converger autour d\u2019un noyau fondamental de valeurs et donc de droits : mais c\u2019est un effort qui, de nos jours, doit \u00eatre encore plus soutenu face \u00e0 des instances qui cherchent \u00e0 r\u00e9interpr\u00e9ter les fondements de la D\u00e9claration et \u00e0 compromettre son unit\u00e9 interne pour favoriser le passage de la protection de la dignit\u00e9 humaine \u00e0 la satisfaction de simples int\u00e9r\u00eats, souvent particuliers. La D\u00e9claration a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e comme \u00ab un id\u00e9al commun qui est \u00e0 atteindre \u00bb (Pr\u00e9ambule) et elle ne peut pas \u00eatre utilis\u00e9e de mani\u00e8re partielle, en suivant des tendances ou en op\u00e9rant des choix s\u00e9lectifs qui risquent de contredire l\u2019unit\u00e9 de la personne humaine et donc l\u2019indivisibilit\u00e9 de ses droits.<\/p>\n<p>Nous constatons souvent dans les faits une pr\u00e9dominance de la l\u00e9galit\u00e9 par rapport \u00e0 la justice quand se manifeste une attention \u00e0 la revendication des droits qui va jusqu\u2019\u00e0 les faire appara\u00eetre comme le r\u00e9sultat exclusif de dispositions l\u00e9gislatives ou de d\u00e9cisions normatives prises par les diverses instances des autorit\u00e9s en charge. Quand ils sont pr\u00e9sent\u00e9s sous une forme de pure l\u00e9galit\u00e9, les droits risquent de devenir des propositions de faible port\u00e9e, s\u00e9par\u00e9s de la dimension \u00e9thique et rationnelle qui constitue leur fondement et leur fin. La D\u00e9claration universelle a en effet r\u00e9affirm\u00e9 avec force la conviction que le respect des droits de l\u2019homme s\u2019enracine avant tout sur une justice immuable, sur laquelle la force contraignante des proclamations internationales est aussi fond\u00e9e. C\u2019est un aspect qui est souvent n\u00e9glig\u00e9 quand on pr\u00e9tend priver les droits de leur vraie fonction au nom d\u2019une perspective utilitariste \u00e9troite. Parce que les droits et les devoirs qui leur sont li\u00e9s d\u00e9coulent naturellement de l\u2019interaction entre les hommes, il est facile d\u2019oublier qu\u2019ils sont le fruit du sens commun de la justice, fond\u00e9 avant tout sur la solidarit\u00e9 entre les membres du corps social et donc valable dans tous les temps et pour tous les peuples. C\u2019\u00e9tait une intuition exprim\u00e9e, d\u00e8s le Ve si\u00e8cle apr\u00e8s J\u00e9sus Christ, par l\u2019un des ma\u00eetres de notre h\u00e9ritage intellectuel, Augustin d\u2019Hippone. Il enseignait que \u00ab le pr\u00e9cepte : \u2018Ce que tu ne veux pas qu\u2019on te fasse, ne le fais pas \u00e0 autrui\u2019 ne peut en aucune fa\u00e7on varier en fonction de la diversit\u00e9 des peuples \u00bb (De Doctrina Christiana III, 14). Les droits de l\u2019homme exigent alors d\u2019\u00eatre respect\u00e9s parce qu\u2019ils sont l\u2019expression de la justice et non simplement en raison de la force coercitive li\u00e9e \u00e0 la volont\u00e9 des l\u00e9gislateurs.<\/p>\n<p>Mesdames et Messieurs,<\/p>\n<p>\u00c0 mesure que l\u2019on avance dans l\u2019histoire, de nouvelles situations surgissent et l\u2019on cherche \u00e0 y attacher de nouveaux droits. Le discernement, c\u2019est-\u00e0-dire la capacit\u00e9 de distinguer le bien du mal, est encore plus n\u00e9cessaire quand sont en jeu des exigences qui appartiennent \u00e0 la vie et \u00e0 l\u2019action de personnes, de communaut\u00e9s et de peuples. Quand on affronte le th\u00e8me des droits, qui mettent en jeu des situations importantes et des r\u00e9alit\u00e9s profondes, le discernement est une vertu \u00e0 la fois indispensable et f\u00e9conde.<\/p>\n<p>Le discernement nous am\u00e8ne alors \u00e0 souligner que laisser aux seuls \u00c9tats, avec leurs lois et leurs institutions, la responsabilit\u00e9 ultime de r\u00e9pondre aux aspirations des personnes, des communaut\u00e9s et de peuples tout entier peut parfois entra\u00eener des cons\u00e9quences rendant impossible un ordre social respectueux de la dignit\u00e9 de la personne et de ses droits. Par ailleurs, une vision de la vie solidement ancr\u00e9e dans la dimension religieuse peut permettre d\u2019y parvenir, car la reconnaissance de la valeur transcendante de tout homme et de toute femme favorise la conversion du c\u0153ur, ce qui conduit alors \u00e0 un engagement contre la violence, le terrorisme ou la guerre, et \u00e0 la promotion de la justice et de la paix. Cela favorise aussi un milieu propice au dialogue interreligieux que les Nations unies sont appel\u00e9es \u00e0 soutenir comme elles soutiennent le dialogue dans d\u2019autres domaines de l\u2019activit\u00e9 humaine. Le dialogue doit \u00eatre reconnu comme le moyen par lequel les diverses composantes de la soci\u00e9t\u00e9 peuvent confronter leurs points de vue et r\u00e9aliser un consensus autour de la v\u00e9rit\u00e9 concernant des valeurs ou des fins particuli\u00e8res. Il est de la nature des religions librement pratiqu\u00e9es de pouvoir mener de mani\u00e8re autonome un dialogue de la pens\u00e9e et de la vie. Si, \u00e0 ce niveau l\u00e0 aussi, la sph\u00e8re religieuse est s\u00e9par\u00e9e de l\u2019action politique, il en ressort \u00e9galement de grands b\u00e9n\u00e9fices pour les personnes individuelles et pour les communaut\u00e9s. D\u2019autre part, les Nations unies peuvent compter sur les fruits du dialogue entre les religions et tirer des b\u00e9n\u00e9fices de la volont\u00e9 des croyants de mettre leur exp\u00e9rience au service du bien commun. Leur t\u00e2che est de proposer une vision de la foi non pas en termes d\u2019intol\u00e9rance, de discrimination ou de conflit, mais en terme de respect absolu de la v\u00e9rit\u00e9, de la coexistence, des droits et de la r\u00e9conciliation.<\/p>\n<p>Les droits de l\u2019homme doivent \u00e9videmment inclure le droit \u00e0 la libert\u00e9 religieuse, comprise comme l\u2019expression d\u2019une dimension \u00e0 la fois individuelle et communautaire, perspective qui fait ressortir l\u2019unit\u00e9 de la personne tout en distinguant clairement entre la dimension du citoyen et celle du croyant. Au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, l\u2019action des Nations unies a permis que le d\u00e9bat public offre des points de vue inspir\u00e9s par une vision religieuse dans toutes ses dimensions y compris le rite, le culte, l\u2019\u00e9ducation, la diffusion d\u2019information et la libert\u00e9 de professer et de choisir sa religion. Il n\u2019est donc pas imaginable que des croyants doivent se priver d\u2019une partie d\u2019eux-m\u00eames \u2013 de leur foi \u2013 afin d\u2019\u00eatre des citoyens actifs. Il ne devrait jamais \u00eatre n\u00e9cessaire de nier Dieu pour jouir de ses droits. Il est d\u2019autant plus n\u00e9cessaire de prot\u00e9ger les droits li\u00e9s \u00e0 la religion s\u2019ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme oppos\u00e9s \u00e0 une id\u00e9ologie s\u00e9culi\u00e8re dominante ou \u00e0 des positions religieuses majoritaires, de nature exclusive. La pleine garantie de la libert\u00e9 religieuse ne peut pas \u00eatre limit\u00e9e au libre exercice du culte, mais doit prendre en consid\u00e9ration la dimension publique de la religion et donc la possibilit\u00e9 pour les croyants de participer \u00e0 la construction de l\u2019ordre social. Ils le font effectivement \u00e0 l\u2019heure actuelle par exemple \u00e0 travers leur engagement efficace et g\u00e9n\u00e9reux dans un vaste r\u00e9seau d\u2019initiatives qui va des Universit\u00e9s, des Instituts scientifiques et des \u00e9coles, jusqu\u2019aux structures qui promeuvent la sant\u00e9 et aux organisations caritatives au service des plus pauvres et des laiss\u00e9s-pour-compte. Refuser de reconna\u00eetre l\u2019apport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 qui s\u2019enracine dans la dimension religieuse et dans la recherche de l\u2019Absolu \u2013 qui par nature exprime une communion entre les personnes \u2013 reviendrait \u00e0 privil\u00e9gier dans les faits une approche individualiste et, ce faisant, \u00e0 fragmenter l\u2019unit\u00e9 de la personne.<\/p>\n<p>Ma pr\u00e9sence au sein de cette Assembl\u00e9e est le signe de mon estime pour les Nations unies et elle veut aussi manifester le souhait que l\u2019Organisation puisse \u00eatre toujours davantage un signe d\u2019unit\u00e9 entre les \u00c9tats et un instrument au service de toute la famille humaine. Elle manifeste aussi la volont\u00e9 de l\u2019\u00c9glise catholique d\u2019apporter sa contribution aux relations internationales d\u2019une mani\u00e8re qui permette \u00e0 toute personne et \u00e0 tout peuple de sentir qu\u2019ils ont leur importance. D\u2019une mani\u00e8re qui est en harmonie avec sa contribution au domaine \u00e9thique et moral et \u00e0 la libre activit\u00e9 de sa foi, l\u2019\u00c9glise travaille aussi \u00e0 la r\u00e9alisation de ces objectifs \u00e0 travers l\u2019activit\u00e9 internationale du Saint-Si\u00e8ge. Le Saint-Si\u00e8ge a en effet toujours eu sa place dans les assembl\u00e9es des Nations tout en manifestant son caract\u00e8re sp\u00e9cifique comme sujet dans le domaine international. Comme les Nations unies l\u2019ont r\u00e9cemment confirm\u00e9, le Saint-Si\u00e8ge apporte aussi sa contribution selon les dispositions du droit international, aidant \u00e0 la d\u00e9finition de ce droit et y recourant.<\/p>\n<p>Les Nations unies demeurent un lieu privil\u00e9gi\u00e9 o\u00f9 l\u2019\u00c9glise s\u2019efforce de partager son exp\u00e9rience \u00ab en humanit\u00e9 \u00bb, qui a m\u00fbri tout au long des si\u00e8cles parmi les peuples de toute race et de toute culture, et de la mettre \u00e0 la disposition de tous les membres de la Communaut\u00e9 internationale. Cette exp\u00e9rience et cette activit\u00e9, qui visent \u00e0 obtenir la libert\u00e9 pour tout croyant, cherchent aussi \u00e0 assurer une protection plus grande aux droits de la personne. Ces droits trouvent leur fondement et leur forme dans la nature transcendante de la personne, qui permet aux hommes et aux femmes d\u2019avancer sur le chemin de la foi et de la recherche de Dieu dans ce monde. Il faut renforcer la reconnaissance de cette dimension si nous voulons soutenir l\u2019esp\u00e9rance de l\u2019humanit\u00e9 en un monde meilleur et si nous voulons cr\u00e9er les conditions pour la paix, le d\u00e9veloppement, la coop\u00e9ration et la garantie des droits pour les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Dans ma r\u00e9cente encyclique Spe salvi, je rappelais que \u00ab la recherche p\u00e9nible et toujours nouvelle d\u2019ordonnancements droits pour les choses humaines est le devoir de chaque g\u00e9n\u00e9ration \u00bb (n. 25). Pour les chr\u00e9tiens, cette t\u00e2che trouve sa justification dans l\u2019esp\u00e9rance qui jaillit de l\u2019\u0153uvre salvifique de J\u00e9sus Christ. C\u2019est pourquoi l\u2019\u00c9glise est heureuse d\u2019\u00eatre associ\u00e9e aux activit\u00e9s de cette honorable Organisation qui a la responsabilit\u00e9 de promouvoir la paix et la bonne volont\u00e9 sur toute la terre. Chers Amis, je vous remercie de m\u2019avoir permis de m\u2019adresser \u00e0 vous aujourd\u2019hui et je vous promets le soutien de mes pri\u00e8res pour que vous poursuiviez votre noble t\u00e2che.<\/p>\n<p>Avant de prendre cong\u00e9 de cette illustre Assembl\u00e9e, je voudrais adresser mes souhaits dans les langues officielles \u00e0 toutes les nations qui y sont repr\u00e9sent\u00e9es<\/p>\n<p>Paix et prosp\u00e9rit\u00e9, avec l\u2019aide de Dieu !<\/p>\n<p>Merci !<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p>Allocution du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ONU, Ban Ki-moon au Pape.<\/p>\n<p>En mission dans le monde avec un language de foi<\/p>\n<p>\u00ab Saintet\u00e9, bienvenue \u00e0 notre maison commune\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019Organisation des Nations Unies est une institution la\u00efque, compos\u00e9e de 192 Etats. Nous avons six langues officielles, mais aucune religion. Nous n\u2019avons pas de chapelle, mais toutefois nous avons une salle de m\u00e9titation. Mais si vous demandez \u00e0 certains d\u2019entre nous qui travaillons aux Nations unies quelles sont nos motivations, beaucoup vous r\u00e9pondront avec un langage de foi. A l\u2019ONU nous voyons notre activit\u00e9 non seulement comme un travail mais aussi comme une mission. D\u2019ailleurs c\u2019est le terme que nous utilisons pour d\u00e9crire notre travail \u00e0 travers le monde, que ce soit dans le domaine de la paix et de la s\u00e9curit\u00e9 ou du d\u00e9veloppement et des droits humains \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab De multiples mani\u00e8res, notre mission nous unit \u00e0 la v\u00f4tre. Vous avez parl\u00e9 du terrible d\u00e9fi de la pauvret\u00e9 affectant une si grande part de la population, et expliqu\u00e9 que nous ne pouvons pas nous permettre l\u2019indiff\u00e9rence et l\u2019isolement \u00e9go\u00efste. Vous avez encourag\u00e9 la non prolif\u00e9ration des armes nucl\u00e9aires et appel\u00e9 \u00e0 un d\u00e9sarmement nucl\u00e9aire progressif et d\u2019un commun accord \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab Vous avez dit clairement que ceux qui ont davantage de pouvoir n\u2019ont pas le droit de l\u2019utiliser pour violer les droits des autres, et affirm\u00e9 que la paix est bas\u00e9e sur le respect des droits de tous. Vous avez parl\u00e9 des ressources d\u2019eau et des changements climatiques comme des questions d\u2019importance cruciale pour la famille humaine tout enti\u00e8re \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Excellences, que nous adorions un seul Dieu, plusieurs divinit\u00e9s ou aucune, nous aux Nations Unies devons soutenir et consolider chaque jour notre foi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je suis profond\u00e9ment reconnaissant \u00e0 Sa Saintet\u00e9 le pape Beno\u00eet XVI de nous transmettre un peu de sa foi \u2013 et de nous faire confiance\u2026 Puissions-nous \u00eatre fortifi\u00e9s par sa visite aujourd\u2019hui \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Laissez-moi exprimer ma grande appr\u00e9ciation pour la pr\u00e9cieuse contribution du Saint-Si\u00e8ge dans le travail de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale et en particulier pour votre r\u00f4le important dans la promotion de la justice sociale, dans l\u2019\u00e9ducation et le soulagement de la pauvret\u00e9 et de la faim \u00e0 travers le monde \u00bb<\/p>\n","news_gallery":"no","news_gallery_elements":false},"news_categories":[{"id":95,"name":"Actualit\u00e9s","slug":"actualites","description":"","link":"https:\/\/www.orderofmalta.int\/fr\/categories-de-actualites\/actualites\/"}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.orderofmalta.int\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/notizie\/35516","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.orderofmalta.int\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/notizie"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.orderofmalta.int\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/news"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.orderofmalta.int\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/notizie\/35516\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.orderofmalta.int\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=35516"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}